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vendredi 21 février 2020

Marineland ou la lamentation des hypocrites

Billet invité de Selva Sauvage

« Nous avons l'immense tristesse de vous annoncer le décès de notre grand dauphin de 40 ans Lotty »…

…nous communiquent ses bourreaux.
Le très révélateur emploi de l'adjectif possessif «notre» ne nous échappe pas, il achève de sceller, dans les termes, l'objet de leur propriété.
« C'est un vrai coup dur pour toutes nos équipes animalières qui dédient leur vie à ces animaux et ont veillé jour et nuit sur Lotty »…
…continuent-ils.
«Animalières», «animaux» et oui ce ne sont que des animaux après tout, et en plus il faut s'en occuper de ces bestioles, ça demande beaucoup de boulot...

Rappelons que les «animaux», dont ils parlent et s'octroient la propriété, n'ont rien demandé à personne, sauf à vivre comme leurs congénères Sauvages une Vie indépendante et trépidante, parcourant Libres des milliers de kilomètres dans les Océans et les Mers !

Les matons d'Antibes seraient-ils subitement enclins à la dépression devant les morts qu'ils infligent ?
Auraient-ils besoin des antidépresseurs qu'ils distribuent si généreusement à leurs bagnards ? (1)

Il est vrai que depuis son ouverture en 1970, 47 morts (déclarés) sont à déplorer rien que chez les Cétacés dans ce parc.
Ce qui fait quand même, en moyenne, un gros cadavre de Dauphin ou d'Orque à sortir des bassins et à véhiculer jusqu'à l'équarrissage tous les ans, ça finit peut-être, à la longue, par peser, un peu lourd, sur les consciences ?
Enfin on peut toujours l'espérer...
Lotty vient donc de mourir à 40 ans, après avoir servi pendant 37 ans l'industrie du «divertissement» humain.
Mais ce que ses tortionnaires oublient volontairement de dire à leurs visiteurs, c'est qu'elle faisait partie des trois dernières Delphines de leurs bassins à avoir été capturées dans leur milieu naturel.

En effet, Lotty, mais aussi Sharky et Malou toujours emprisonnées à Antibes, sont nées Libres et ont été arrachées à leurs familles pour être exploitées dans les delpinariums.

Lotty et Sharky nées sauvages en Floride ont été capturées en 1983 à l'âge de 3 ans, et Malou née sauvage à Cuba a été capturée en 1985 à l'âge de 5 ans.
Lotty, avant d'aboutir à Antibes en 2005, avait d'abord «vécu» dans 2 delphinariums anglais, puis avait été transférée de Kolmarden en Suède.
Elle a mis au monde, ou plutôt devrait-on dire au bassin : Lotus (envoyé dans un parc marin au Portugal), Lyraqui (restée à Kolmarden), Fenix (mort à Antibes), et au moins un autre petit mort peu après sa naissance le 1er janvier de cette année 2020.
Son fils Fenix avait été transféré avec elle depuis la Suède jusqu'à Antibes où elle dû assister à sa mort le 10 octobre 2009, à l'âge de seulement 8 ans.

Sharky est l'amie d'enfance de Lotty. 
Elles ont été capturées toutes deux en Floride, ont séjourné au Flamingoland d'Angleterre (2), avant d'être transférées ensemble en Suède puis à Antibes. 

À Kolmården en Suède, Sharky a donné naissance à Daphne et à Max, tous les deux sont mort là-bas, Daphne y a vécu 12 ans et pour Max on ne connaît bizarrement que son année de naissance en 2001. 
À Antibes, elle a mis au monde trois Delphineaux : Mila-Tami en janvier 2007 et morte à l'âge de 8 ans seulement, un petit mort-né le 30 mars 2010, et Jo le 8 juin 2011, une dauphine qui tourne toujours dans les bassins à ses côtés.

Il faut imaginer la tragédie que la mort de Lotty doit représenter pour Sharky qui a partagé toutes les épreuves de la captivité avec elle et représentait son dernier témoin de leur enfance en Liberté.

En 1993, grâce aux campagnes acharnées des activistes anglais, quand le Flamingoland dû fermer ainsi que tous les delphinariums d'Angleterre, trois Dauphins eurent la chance inouïe de pouvoir recouvrer leur Liberté. 
En effet : Rocky, Missie et Silver bénéficièrent d'une réhabilitation très réussie dans les eaux des Caraïbes, accueillis par le dauphin solitaire Jojo, après avoir été respectivement détenus 20, 22 et 15 ans. 
L'adage bien connu «quand on veut, on peut» est ainsi extrêmement joliment illustré, n'est-ce pas ?!... (3)

Malheureusement pour Lotty et Sharky, la générosité du public n'a pas été jusqu'à financer leur réintroduction et elles furent donc expédiées en Suède.

Malou, a elle été capturée dans les eaux de Cuba en 1985. 
Elle a «vécu» dans divers aquariums, avant d'arriver à Antibes en 1991 afin de remplacer deux Dauphins décédés la même année : Coraline et Roissy. 
Elle était la maman de Cornelius, né le 28 mai 1993 et mort 25 juillet 1995 à tout juste 2 ans toujours dans les bassins d'Antibes. (4)
Lotty et Sharky ont donc passé les trois premières années de leur vie dans l'estuaire de Charlotte Harbor, au sud-ouest de la Floride, qui est «un paradis pour les dauphins» qui y demeurent depuis des siècles. 
L'eau douce de deux rivières s'y mêle aux flots salés du Golfe du Mexique, faisant naître de vastes prairies marines peuplées de crustacés et de poissons.

Les clans de Dauphins se répartissent en petits villages marins, semés dans l'entrelacs d'îlots et de lagunes. 
Les eaux sont calmes, chaudes et peu profondes, les voyages limités à des visites entre voisins, la vie paisible, le temps suspendu. 
Lotty et Sharky vivaient là quand elles étaient petites. 
Elles jouaient à se poursuivre entre les racines des palétuviers, effrayaient les échassiers perchés sur le rivage en leur jetant de l'eau, et auraient pu grandir dans leur mangrove subtropicale et y devenir mères puis grand-mères.» (5)
Pour faire passer la pilule de tout ce que ces individus ont vécu et auraient pu vivre, pour qu'ils oublient tous leurs enfants et congénères morts ou malades à leurs côtés, pour qu'ils tuent l'ennui et les désirs, pour qu'ils effectuent jusqu'à la mort les chorégraphies stupides afin d'obtenir leur pitance sans faire de vagues, pour endormir leurs douleurs physiques et psychologiques, heureusement, comme dans tout bon centre de détention (ici à perpétuité), il existe : la pharmacie...







#MARINELAND2020CESTLAFIN

#Antibes

(1) https://www.dauphinlibre.be/la-petite-pharmacie-du-marinel…/
(2) https://www.cetabase.org/captive/cetacean/marineland-antibes
(3) https://one-voice.fr/…/sharky-et-lotty-doyennes-des-dauphin…
(4) https://www.cetabase.org/captive/cetacean/marineland-antibes
(5) https://one-voice.fr/…/sharky-et-lotty-doyennes-des-dauphin…  

Excellent article, également d'Yvon Godefroid.

mardi 3 novembre 2015

Marineland 2.0 dès février ?… chiche !

La dissonance cognitive, est le paradoxe qui est au centre même de l'activité du Marineland d'Antibes comme de tous les autres parcs d'attractions du même genre.
Exploiter des animaux sans autre finalité réelle que de générer de substantiels profits et prétendre à grand renfort de marketing contribuer à leur bien-être - ou encore plus osé -… à leur sauvegarde !, c'est un raisonnement comparable au court-circuit. Quand deux fils électrifiés se touchent : ça grille.

Il semble d'ailleurs clair que les plombs ont sauté à Marineland et le fusible et Directeur Bernard Giampaolo remplacé.

Les destructions provoquées par un cataclysme d'une violence exceptionnelle sont survenues au pire moment pour les affaires de ce business éthiquement indéfendable.

Les parcs marins, inexorablement controversés par une multitude d'argumentaires bien documentés n'ont pourtant pas empêché l'ancien Directeur de clamer :
 « Le Marinand existe depuis 45  ans, il sera encore là dans 45 ans »
Plus que l'arrogance provocatrice de cette déclaration c'est surtout la stupidité et de celle-ci et quelques autres (comme le dérapage sémantique de la « casse animale ») qui ont dû inquiéter la hiérarchie de son employeur Parcos Reunidos sur les capacités de gestion de crise de cet ancien dirigeant du Groupe Accor.

Des dauphins tarifés asservis à l'hôtellerie (Le Lagoon), les shows tonitruants, les paillettes et PomPom-girl, un Groupe Financier, tout cela juxtaposé aux concepts de Recherche, de Protection Animale, et préservation des espèces… ça « dissone » grave !

Cet été, le Marineland d'Antibes malgré son intense fréquentation touristique a multiplié massivement ses parutions publicitaires afin de contrer l'érosion incessante d'un public de moins en moins naïf car de mieux en mieux informé.
Ce public a maintenant la possibilité d'être averti des réalités hors-champs des Parc Marins par les Associations, les Réseaux Sociaux mobilisés 24h sur 24, les Blogs, les whistleblower (Donneurs d'Alertes), les nombreux scientifiques et… l'Internet en général.

Le temps de la « Réclame » triviale est bien révolu, comme celui du marketing-propagande simpliste et cynique, de celui qui cible clairement les enfants censés devenir les « prescripteurs » de leurs parents… ceux-ci étant ainsi pris en otage.

Le Marineland et la multinationale Parcos Reunidos auraient plutôt intérêt à intégrer ce changement de paradigme plutôt que de tenter de résister bec et ongle à cette prise de conscience planétaire virale de toute façon inéluctable se transformant en « mème » (avec accent grave)

S'adapter c'est survivre… 

c'est valable également pour ce Groupe.

Les destructions de la tempête (90 % des installations selon la Direction elle-même) pourraient être l'occasion inespérée d'engager une réflexion sur la nature du parc et sur l'évolution possible pour cette entreprise, de ses emplois, qui prendrait en compte les exigences de plus en plus fermes d'un public d'opposants dont le nombre croît de façon exponentielle.

C'est sans doute ce processus d'acceptation de la remise en question qui est le plus difficile.

Leurs experts marketing devraient pourtant ne rien ignorer de ce qu'on appelle la théorie de l'engagement ou encore le piège abscons… qui est la version la plus radicale de la « dissonance cognitive »… toujours elle !
Si on est taquin, on peut évoquer aussi le piège à cons… de celui qui fait juger à tort que l'on a déjà trop investi pour ne pas continuer dans la même voie pourtant sans issue.

Le piège semble pourtant bien se refermer sur nos dirigeants quand la direction déclare la réouverture programmée pour février 2015/2016

Les mâchoires du piège

Marineland s'engage dans un processus de dépense (argent, temps, énergie) pour atteindre un but donné de rentabilité sans pour autant rien modifier sur le fond .
Qu'ils en soient conscients ou non, atteindre ce but n'est pas certain avec les mêmes recettes, encore moins sur le long terme étant donné l'évolution des mentalités qui achèvera sa mutation bien avant 45 ans.

Le processus se poursuivra donc sauf s'ils décident activement de l'interrompre.

Ils ne pourront plus fixer de limite à ces investissements, condamnés à la fuite en avant pour tenter de contrebalancer avec les mêmes schémas dépassés une opposition de masse qui sera de plus en plus partagée et virulente.

Quelques exemples historiques croustillants illustrent ce type de piège à… : comme l'enlisement au Vietnam (on peut dire la même chose de la guerre en Irak), ou la poursuite d'études « coûte que coûte »,  piège abscons comme cette profession de foi, droit dans les bottes et menton en avant :
Nous ouvrirons quand nous serons vraiment prêts."
Ils veulent offrir un Marineland flambant. Pas rescapé. Surtout pas rafistolé. Alors ils prendront le temps. Aujourd’hui, les bassins sont propres. Les soigneurs à leurs postes. Le moral des troupes est bon.
(Nice matin)
En août je pointais les bizarreries entourant la légalité de l'existence du Marineland et de l'autorisation de construction du Lagoon et de son inauguration en présence du Maire.

Patatras ! en octobre, ce secteur au statut de zone inondable potentielle est passé à zone inondable avérée avec ce que cela impliquera désormais de mesures de protection tant pour les animaux que pour le personnel et le public.
La protection des animaux est impossible, on ne déplace pas des cétacés comme des lapins en cages, sans parler des locataires des aquariums et les animaux de la Ferme.

Les mêmes dangers menacent les employés et le public.
L'exemple récent le démontre, la météo ne maîtrise rien avec des changements climatiques dont l'effet s'est associé ici avec les incidences du bétonnage anarchique du littoral.

Ce qui s'est produit se reproduira à nouveau

On n'évacuera donc pas en quelques minutes sans « casse humaine » un parc avec des milliers de visiteurs paniqués.
Le matin succédant cette nuit de chaos, je déblayais chez des amis à Biot…
Quand la vague les a submergés, il n'y a pas eu d'alerte, pas de sirènes, ils ont eu 5 minutes pour sauter par la fenêtre et tenter de survivre.
J'imagine 900 mètres en aval l'horreur de ce même cataclysme en pleine journée, un parc bondé et le parking saturé de centaines de véhicules transformés en autant de béliers fous dévalant dans cette convergence de torrents de boue et de débris en furie.
Photo réalisée à 750 mètres en amont de l'entrée du Parking de Marineland
le matin suivant le désastre.
(Au rond-point qui précède celui des Groules… lieu habituel des manifs)

 

Pensée positive

La catastrophe naturelle qui a ravagé le site pourrait être un point de départ formidablement symbolique pour entamer une reconversion innovante de cette activité désormais obsolète et à contre-courant de l'histoire.


Marineland doit jouer cette carte, renoncer au spectacle sordide et absurde d'ours polaires dans les étés brûlants de la Côte d'Azur, ouvrant ainsi les voies des développements à suivre pour les autres parcs.
Le travail de réhabilitation des animaux présents sur le site pourrait se faire en collaboration avec les Associations et les scientifiques garants du bon déroulement des opérations.

Cette nouvelle génération de parc serait d'une extraordinaire richesse créative et documentaire, réellement pédagogique cette fois, pourvoyeuse d'emplois… de gros bénéfices et d'une excellente image.

Les solutions technologiques existent et sont opérationnelles dès maintenant. Ces prouesses époustouflantes n'en sont pourtant qu'au balbutiement et les progrès dans ces domaines sont ultrarapides :



Nos hommes d'affaires ne peuvent pas l'ignorer, ils ont les moyens de ces ambitions.

Les indemnisations versées par les assurances et des investissements du Groupe devraient être consacrés à la reconversion des activités vers celles du parc d'attraction de demain.
Marineland deviendrait dès lors un lieu « propre » et exemplaire, et non plus l'objet grandissant sans cesse d'un consensus de honte.

Manquer ce rendez-vous et maintenir la trajectoire actuelle finira dans le mur, c'est une question de temps, car l'heure est à la compréhension et à reconnaissance de la sensibilité animale comme du « vivant » en général.

vendredi 16 octobre 2015

Marineland et la dissonance cognitive

En psychologie sociale, la dissonance cognitive ou distorsion cognitive est la simultanéité de cognitions qui entraînent un inconfort mental en raison de leur caractère inconciliable ; ou l'expérience d'une contradiction entre une cognition et une action. Dans sa théorie de la dissonance cognitive, Leon Festinger étudie les stratégies de réduction de la tension psychologique induite et de maintien de leur cohérence personnelle, y compris des stratégies d'évitement des circonstances identifiées comme source de dissonance.
Paradoxe : ces usines à frics triviales que sont les parc marins ont donc l'indécence de prétendre encore « servir la cause des animaux ».

(…) Des «attaques hystériques» Par ailleurs, Nice-Matin a contacté Mike Riddell, directeur «historique» du parc durant 25 ans. Il monte au créneau pour défendre Marineland et ses équipes. Celui qui avait été débarqué en 2006 évoque des «attaques hystériques» de la part des anti parcs marins et dénonce l'entreprise de désinformation menée selon lui par les activistes. « Ces attaques ne servent pas la cause des animaux ». Ce jeudi, comme nous vous l'annoncions, le directeur du parc a été soudainement muté.(…)
C'est cette même dissonance cognitive qui juxtapose la réalité crue des abattoirs et le concept de bien-être animal…